Entretien du père Michel avec Jérôme
Père Michel : Jérôme, tu es venu en France, il y a 6 ans… est ce que pour toi cela a été un dépaysement ou une heureuse découverte ?
Jérôme : Le fait de laisser ma famille, mes amis et mon pays pour vivre en France est une chose qui n’est jamais simple pour moi. La difficulté n’est pas d’un seul déplacement du sud au nord d’un pays mais de deux pays, de deux continents différents, celui d’orient et celui d’occident. En arrivant en France, je dois apprendre une autre langue que la mienne pour entrer en relation avec les gens. Une autre difficulté encore, c’est le changement de climat, de nourriture, de la manière de penser et de parler, en un mot, la culture occidentale n’est pas la mienne. Mais malgré ces difficultés, je suis toujours heureux parce que je voulais être prêtre et je suis venu en France pour me former. Six ans, ce n’est pas beaucoup pour se construire mais je suis content de mon engagement dans le chemin que j’ai choisi et dans le service qui m’est confié. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre et à découvrir chaque jour.
Père Michel : Tu voulais être prêtre, comment as-tu été emmené à être en contact avec le diocèse du Puy et son évêque Monseigneur Brincard ?
Jérôme : J’ai connu le diocèse du Puy en 2004. J’étais envoyé par l’évêque de mon diocèse au Vietnam, au séminaire de Paray-le-Monial, en 2002, pour suivre la formation en vue du sacerdoce. Au début, le séminaire de Paray,-le-Monial m’aide pour ma formation. Mais pour accueillir d’autres jeunes venus du Viet Nam, le séminaire a proposé aux différents diocèses de France de prendre le relais de ma formation et Monseigneur Brincard m’a accueilli dans son diocèse.
Père Michel : Tu as fait des études à Paray-le-Monial et à Notre-Dame de Vie pour quoi ces deux lieux ?
Jérôme : J’étais au séminaire de Paray-le-Monial pendant trois ans : un an de propédeutique (une année de discernement pour la vocation), deux ans de philosophie, et ensuite j’ai été envoyé au Studium de Notre-Dame de Vie pour continuer la formation. Je la fais en deux lieux parce que le séminaire de Paray-le -Monial n’assure que le premier cycle, c'est-à-dire les trois premières années du parcours de la formation.
Père Michel : Aujourd’hui tu es diacre et tu as envoyé ta lettre de demande pour le sacerdoce à Monseigneur Brincard. Tu es sûr d’être appelé ?
Jérôme : J’ais toujours confiance en l’Eglise et à l’Amour de Dieu. Depuis tout petit j’ai le désir d’être prêtre, et je vois que le Seigneur a réalisé en moi ce désir d’étape en étape. Aujourd’hui encore, je veux manifester mon profond désir de m’offrir entièrement au Seigneur dans le service de mes frères et sœurs, dans les sacrements de l’Eucharistie et du Pardon. J’espère qu’un jour je serai consacré dans l’ordre sacerdotal.
Père Michel : En quelques mots, pourrais tu nous dire ce que cela représente pour toi d’être prêtre.
Jérôme : Etre prêtre, c’est devenir un ami de Jésus.
Père Michel : On reçoit le sacrement un jour et à partir de ce moment là on a à devenir prêtre chaque jour en étant « au service du peuple de Dieu » selon l’expression de Vatican II. Comment envisages-tu ce service ?
Jérôme : Comme j’ai dit précédemment, être prêtre c’est devenir un ami de Jésus. L’amitié se construit par des choix libres. Elle exige aussi une réciprocité. C’est pourquoi les amis aiment faire des choses ensemble, ils sont heureux d’être réunis. Et un dicton vietnamien dit : « Un ami, c’est quelqu’un qui te connaît bien mais qui t’aime quand même. ».
Pour le service du peuple de Dieu, le prêtre est invité à regarder l’exemple du Bon Berger qui donne sa vie pour ses brebis. Je pense que tous, nous devons demander la grâce du Seigneur pour devenir jour après jour les témoins de son Amour.
Père Michel : On te sent heureux à Yssingeaux… Est-ce que l’accueil de l’équipe des prêtres t’a permis une bonne intégration ? Est-ce que ton travail auprès des jeunes, tes contacts avec les paroissiens t’ont aidé ?
Jérôme : Il y a sept mois que je suis arrivé à Yssingeaux. Je rends grâce au Seigneur pour toutes les bienveillances qu’Il m’a réservées à travers les uns et les autres. La vie au séminaire et la vie à la paroisse ont des rythmes différents, les joies et les peines ne sont pas les mêmes, mais ce qui est le plus important, c’est de remettre au Seigneur tout ce que nous pouvons faire et tout ce que nous n’arrivons pas à faire.
Père Michel : Au Vietnam il y a beaucoup des vocations de prêtres, de religieux et religieuses et pourquoi ? Ici, en France, nous vivons une crise des vocations. As-tu une idée pour y remédier ? Faut-il faire venir des prêtres d’ailleurs ou en trouver chez nous ?
Jérôme : Oui, au Vietnam, il y a beaucoup de vocations, et je pense que le fait que les familles vont nombreuses à la messe donne à leurs enfants le désir d’être prêtre ou de consacrer leur vie au Seigneur. En France les vocations baissent parce que peu des familles vont à l’Eglise au moins le dimanche. Il faut que la famille chrétienne prenne conscience qu’elle est une partie de l’Eglise. Si à la maison on prie, on parle de Dieu, on se soucie des uns et des autres, je pense qu’il y aura des vocations en abondance. Je souhaite que toutes les familles chrétiennes participent activement à la vie paroissiale et que les jeunes reçoivent une catéchèse adaptée à leur âge et qu’ils osent demander au Seigneur la grâce d’être prêtre ou religieux.
Le prêtre est un homme de Dieu qui consacre sa vie pour une communauté qui est l’Eglise locale et universelle. Et ce qui est important, me semble t-il, c’est d’avoir des jeunes qui offrent leur vie au service de l’Eglise à l’exemple du Christ. Une chose est sûre, c’est que Dieu nous donne selon nos désirs.
Père Michel : En terminant je voudrais te dire que ta présence parmi nous est une grâce ; ta jeunesse d’esprit et de cœur, ton sourire et aussi ton désir de voir les gens avancer dans la foi nous stimulent.
VOCATIONS EN EGLISE
Nous ne restons pas inactifs pour susciter l’éveil des vocations. L’ordination de Jérôme est pour nous et nos communautés une chance d’approfondir encore notre désir de voir naître et s’épanouir des vocations.
Pour les enfants du catéchisme, nous allons organiser une rencontre avec Jérôme.
Pour les jeunes des aumôneries, nous allons leur soumettre une enquête sur la vocation.
Les différents groupes de chrétiens qui se réunissent régulièrement seront invités à réfléchir à cette question vitale pour l’Eglise.
Il y aura aussi le dimanche des vocations (4ème dimanche de pâques) cette année le 3 mai.
Ne nous lamentons pas mais agissons et prions.
Regardons les signes de vitalité de notre Eglise : Désormais, le prêtre n’apparaît plus comme un homme seul mais entouré de laïcs et d’équipes de toutes sortes qu’il soutient et anime. Des chrétiens très nombreux réfléchissent et prennent une grande place dans la vie de l’Eglise.
L’engagement des laïcs n’enlève rien au service du prêtre. Au contraire, il le démultiplie. En accompagnant tous ces groupes, il joue pleinement son rôle de guide spirituel. Il ouvre pour eux les trésors de la Parole de Dieu et des sacrements.
Le diocèse a mis en place un cycle de formation pour des laïcs appelés à une mission pastorale dans l’église. C’est l’Evêque qui précise cette mission dans une « lettre de mission » . Chez nous , nous avons plusieurs animatrices en pastorale.
Mais le prêtre reste indispensable. Sans lui, pas de messe possible, pas de sacrements. La responsabilité pastorale des paroisses est toujours confiée à un prêtre qui s’entoure de conseils.
Les diacres sont plutôt tournés vers une présence dans leur milieu de vie ou de travail
De même, la vie religieuse demeure indispensable comme signe du don total à Dieu à travers le service des autres.
En ce moment 4 séminaristes sont en formation pour notre diocèse : Jèrôme Tran qui est en formation jusqu’à l’ordination, Pierre de Veyrac, Pierre Besson et Nicolas Pourrat. Il y a l’espoir d’une rentrée.
Ils sont tous en formation à Venasque au Studium de l’institut Notre-Dame de vie.
Les séminaristes comptent sur notre soutien et notre prière.
LE VIETNAM :
Jérôme TRAN, nous parle de son pays. En ce début novembre, il a eu la joie d’avoir la visite de son évêque du Vietnam : Mgr. François-Xavier Nguyen Van Sang, évêque de Thai Binh. . Âgé de 78 ans, il a présenté sa démission au Pape après 50 ans de vie sacerdotale et 27 ans d’épiscopat. Il a passé 3 jours au Puy avec Jérôme, comme hôtes de Mgr Brincard.
Je voudrais terminer ma présentation avec quelques mots sur le Viet Nam.
Le Viet Nam est une bande de terre dont la configuration rappelle la lettre S. Situé au centre de l’Asie sud-est, il est bordé au nord par la Chine, à l’ouest par le Laos et le Cambodge, et s’ouvre à l’est et au sud sur la mer Orientale et l’Océan Pacifique.
A vol d’oiseau, la distance nord-sud est de 1 650 km ; la largeur maximale du territoire au nord atteint 600 km, au sud 400 km et la largeur minimale est de 50 km dans la région de Quang Binh au centre. Le Viet Nam est un carrefour pour les déplacements entre l’océan Indien et l’Océan Pacifique.
Le Viet Nam se trouve dans une région de climat tropical et subtropical, avec des moussons, beaucoup d’heures d’ensoleillement, un abondant volume pluviométrique et une grande humidité. La température annuelle moyenne se situe entre 22 et 27 °C (23°C à Hanoi, 26°C à Ho Chi Minh et 25°C à Hue)
Le Viet Nam compte deux saisons bien distinctes, soit la saison sèche et froide (de novembre à avril) et la saison chaude et pluvieuse (de mai à octobre). Les changements de température sont plus marqués dans les provinces du Nord ; la différence de température atteinte jusqu’à 12°C, alors que dans les provinces du Sud, la différence n’est que d’environ 3°C. Le nord montre toutefois les variations climatiques des quatre saisons : printemps, été, automne et hiver.
La foi catholique est arrivée au Viet Nam à la fin du XVI siècle grâce aux missionnaires français, espagnols et portugais. Maintenant le Viet Nam a 26 diocèses, trois cardinaux, une trentaine d’évêques et de nombreux prêtres, des vocations de religieux et de religieuses. Il y a plus de huit millions de chrétiens au Vient Nam, cela fait environs 10% de la population du pays. Les chrétiens du pays sont très pratiquants et ont une foi très enracinée dans le Christ.
Pendant trente trois ans de paix, après des années de guerre et la séparation entre le Nord et le Sud, le gouvernement du pays commence à s’ouvrir petit à petit à l’éducation et à la construction du pays et à la religion. Maintenant les chrétiens peuvent pratiquer leur religion sans avoir de contraintes mais il reste encore des conflits sur les propriétés de l’Eglise locale que l’Etat a confisquées dans la période de guerre et de persécutions de la foi.
Enfin, je rends grâce à Dieu pour tous les efforts pour promouvoir l’unité et édifier le pays dans la foi et le respect de la dignité humaine qu’inspire l’Evangile de Jésus Christ.
Je rends grâce aussi à Dieu de m’avoir envoyé en France et particulièrement d’avoir permis la venue de deux autres séminaristes vietnamiens (Dominique et Pierre) récemment dans le diocèse du Puy.
Je voudrais confier à vos prières le pays du Viet Nam que j’aime tant, que l’Esprit Saint donne à chacun le désir de vivre dans la foi, dans l’espérance et dans la charité. Que l’élan des missionnaires ne connaisse pas de frontières et que l’amitié entre la France et Viet Nam soit de plus en plus intense.
Jérôme Tran Minh Tien. |